dimanche 24 février 2008

Jouons dehors …

Aujourd’hui baptême de qajaq traditionnel groenlandais dans les eaux glacées de notre beau fleuve St-Laurent. Mise à l’eau difficile au parc Bellerive, à l’Est du pont tunnel. La banquise est épaisse et la glace glissante. Le soleil quant à lui est radieux et le fond de l’air est frais. Nous sommes une belle douzaine à aller jouer dans cette eau clair d’hiver. Sur le fleuve le plan de route est simple : on remonte le courant jusqu’à plus capable et on retourne avec le courant et au vent portant, c’est à dire trois fois plus vite. Ou l’autre variante est de traversée. Nous ferons un savant mélange des deux pour aboutir sur une banquise à près de cinq cents mètres de la rive sud aller grignoter collation et savourer quelques breuvages chauds. Traverser la glace en dérive ne sera pas toujours une mince affaire même si celle-ci est en effet très mince. Hum ! Le son de la glace sur le tissu … Chercher une voie navigable, une ouverture dans ce démesuré frasil, nous laisse une impression de grand découvreur boréal. Par hue ! et dia !, nos montures ou coquilles de fèves, la mienne en l’occurrence, se frayeront un chemin de retour vers Bellerive et son inhospitalière berge, agrémenté de quelques manœuvres rafraîchissantes pour épater la galerie de quidams sur la rive.
Délicieuse sortie et belle gang.




Le gars du milieu, je vous le donne en mille !!!


Celui du milieu, la coquille de noix ...


Glenn Gould serait fier de celle-là ???




Vue vers ... le sud, qui prend des airs d'ouest et parfois de nord ...
Ça fait travailler l'orientation dans le sens de l'aiguille dans la botte de foin !



Pas très haut sur l'eau ma coquille !!!

Belle vue en remontant ... ( quoique je crois qu'on revient !)

Ça vaut le moment ... et la réflexion ...

Allez zou ! (révision C)

samedi 23 février 2008

fevrier dans l'air de mars

Je voudrais du soleil vert
Des dentelles et des théières
Des photos de bord de mer
Dans mon jardin d'hiver
Je voudrais de la lumière
Comme en Nouvelle Angleterre
Je veux changer d'atmosphère
Dans mon jardin d'hiver
Ta robe à fleur
Sous la pluie de novembre
Mes mains qui courent
Je n'en peux plus de l'attendre
Les années passent
Qu'il est loin l'âge tendre
Nul ne peut nous entendre
Je voudrais du Fred Astaire
Revoir un Latécoère
Je voudrais toujours te plaire
Dans mon jardin d'hiver
Je veux déjeuner par terre
Comme au long des golfes clairs
T'embrasser les yeux ouverts
Dans mon jardin d'hiver
Ta robe à fleur
Sous la pluie de novembre
Mes mains qui courent
Je n'en peux plus de l'attendre
Les années passent
Qu'il est loin l'âge tendre
Nul ne peut nous entendre

Henri Salvador

jeudi 14 février 2008

Speak white (ça me semblait d'actualité...) Michèle Lalonde

Speak white
il est si beau de vous entendre
parler de Paradise Lost
ou du profil gracieux et anonyme qui tremble
dans les sonnets de Shakespeare

nous sommes un peuple inculte et bègue
mais ne sommes pas sourds au génie d'une langue
parlez avec l'accent de Milton et Byron et Shelley et Keats

speak white
et pardonnez-nous de n'avoir pour réponse
que les chants rauques de nos ancêtres
et le chagrin de Nelligan

speak white
parlez de choses et d'autres
parlez-nous de la Grande Charte
ou du monument à Lincoln
du charme gris de la Tamise
de l'eau rose du Potomac
parlez-nous de vos traditions
nous sommes un peuple peu brillant
mais fort capable d'apprécier
toute l'importance des crumpets
ou du Boston Tea Party
mais quand vous really speak white
quand vous get down to brass tacks

pour parler du gracious living
et parler du standard de vie
et de la Grande Société
un peu plus fort alors speak white
haussez vos voix de contremaîtres
nous sommes un peu durs d'oreille
nous vivons trop près des machines
et n'entendons que notre souffle au-dessus des outils

speak white and loud
qu'on vous entende
de Saint-Henri à Saint-Domingue
oui quelle admirable langue
pour embaucher
donner des ordres
fixer l'heure de la mort à l'ouvrage
et de la pause qui rafraîchit
et ravigote le dollar

speak white
tell us that God is a great big shot
and that we're paid to trust him
speak white
parlez-nous production profits et pourcentages
speak white
c'est une langue riche
pour acheter
mais pour se vendre
mais pour se vendre à perte d'âme
mais pour se vendre

ah!
speak white
big deal
mais pour vous dire
l'éternité d'un jour de grève
pour raconter
une vie de peuple-concierge
mais pour rentrer chez nous le soir
à l'heure où le soleil s'en vient crever au-dessus des ruelles
mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui
chaque jour de nos vies à l'est de vos empires
rien ne vaut une langue à jurons
notre parlure pas très propre
tachée de cambouis et d'huile

speak white
soyez à l'aise dans vos mots
nous sommes un peuple rancunier
mais ne reprochons à personne
d'avoir le monopole
de la correction de langage
dans la langue douce de Shakespeare
avec l'accent de Longfellow
parlez un français pur et atrocement blanc
comme au Viet-Nam au Congo
parlez un allemand impeccable
une étoile jaune entre les dents
parlez russe parlez rappel à l'ordre parlez répression

speak white
c'est une langue universelle
nous sommes nés pour la comprendre
avec ses mots lacrymogènes
avec ses mots matraques

speak white
tell us again about Freedom and Democracy
nous savons que liberté est un mot noir
comme la misère est nègre
et comme le sang se mêle à la poussière des rues
d'Alger ou de Little Rock

speak white
de Westminster à Washington relayez-vous
speak white comme à Wall Street
white comme à Watts
be civilized
et comprenez notre parler de circonstance
quand vous nous demandez poliment
how do you do
et nous entendez vous répondre
we're doing all right
we're doing fine
we
are not alone

nous savons
que nous ne sommes pas seuls.

(1970...)
Michèle Lalonde

mercredi 6 février 2008

Le courrier du genou

Février Tremblant 2008… la totale.

Nous sommes arrivés dans le parc du Mont tremblant vendredi matin parfaitement synchronisé avec l’arrivée de la neige annoncée. Le groupe réuni, nous partons allégro non troppo. Le ciel couvert de gris 50% s’empresse de répandre le plus de flocons possibles sur les geais, les hêtres, les hères, le fond le l’air et notre chemin. Et la nuit, et le lendemain et sa nuit, et encore … dans le lot, il y avait de fort beaux modèles de flocons.
La piste est surtout un chemin forestier du parc inutilisé l’hiver sauf peut-être par quelques loups fleurant un jeune hère. Chemin faisant, les pentes sont moins abruptes néanmoins plus longues pour permettre aux vielles caisses de le parcourir vers un emplacement de rêve où planter sa yourte l’été venu.
11.5km vers le premier refuge, 18km vers le deuxième et 22km pour clore le tout dans un magnifique décor laurentien enneigé.
La présence d’une meute de loups dont nous avons suivi les traces nous sera confirmée par le groupe venu partager notre deuxième refuge. Eux ont été escortés. Faut dire qu’ils sont arrivés de nuit à la frontale… Les gardes parc furent heureux d’avoir des nouvelles de leurs protégés. Je reconnus aussi un groupe de kayakiste au premier refuge. Ah ben dit donc !
Les premières heures de chaque étape sont une rencontre du troisième type de l’humain et son équipement. Sangle de rappel de charge ou bretelles mal ajusté, trop ici, pas assez là, lacets lâches, traîneau qui tire croche, mauvais plis dans les bas …
Dans le confort relatif de ces cabanes-en-bois-rond, des vêtements secs revêtus, aboutissement d’une interminable montée pleine de fraîche neige à refendre de nos skis, nous apprécions la chaleur radiante du poêle, l’eau à la bouche du bon manger à venir, sachant qu’il fera trop chaud bientôt. La boustifaille commence à être bien rodés et de plus en plus succulente : crêpe au Grand Marnier miel galette de sarrasin sirop d’érable fruits jarlsberg coq au vin seitan en sauce fajitas au gibier fève noire mozzarella laitue poivron gruyère vin blanc humus apprêté vin rouge. Dans l’ordre, le désordre, et mélangé sens dessus dessous.
Dans cette ambiance de promiscuité et de chaleur croissante il faudra se partager un emplacement pour dormir que nous avons gentiment nommé : la grille du bas, la grille du milieu ou la grille du haut. Pour ma part, j’opterai celle du milieu, reconnu unanimement idéale pour la pizza fromage… chacun fignolera ainsi son mode de cuisson.
Tout les crochets, clous et autres affaires qui dépassent sont mis à contribution pour suspendre les vêtements et tendre les cordes à linges. Les vitres sont en nage, toutes les surfaces condensent une fine pellicule d’eau. Le plancher est frette et mouillé de neige fondante. On remplit la grande table de cossins, bouteilles, réchauds et jeux de chaudrons décomposés. La bouffe se répand joyeusement et nous n’osons trop parlé de l’étape du lendemain.
Quoique très fatigué, on ne se fait pas prier pour aller s’étendre mais la quête du sommeil en est pas moins difficile. La proximité, la mitoyenneté et le biorythme de chacun fait que quand tu te sens partir dans les limbes, on te ramène vite par le cordon d’argent …
Je me suis apporté de la litté en pré-dodo :
Patrik Ourednik, Europeana
Les Américains qui ont débarqué en 1944 en Normandie
étaient de vrais gaillards et mesuraient en moyenne 1m73
et si on avait pu les ranger bout à bout plante des pieds contre crâne
ils auraient mesuré 38 kilomètres…
Ça n’a pas aidé …
En plus de ce long parcours et malgré la fatigue, Patrick et moi osons une escapade dans les bois. Ce qui devient une habitude entre nous à chaque année. Pas une réussite cette fois ci … cette dernière fut une accumulation de mauvais choix qui nous fit rebrousser chemin par, disons, un choix douteux… et nous débarrassera du peu d’énergie restant.
Dans les interminables montés et faux plats de cette randonnée marquante, chacun de nous je crois s’est retrouvé quelque part dans sa bulle, s’est perçu, perdu, jaugé, oublié. Ça monte, bien sûr que ça monte, lentement, légèrement, subtilement, mais ça monte… longtemps, toujours et encore… même en descendant la folle neige nous freine et redonne l’impression de monter, ça balance pas comme disent les comptables agréables. Ça me rappelle un moment mémorable d’arpentage où j’ai fait pencher un réservoir d’eau !!!
Coup d’œil sur le coulant de la rivière à gauche, coup d’œil sur l’étendue gelée d’un lac à plat à droite, le va et vient des planches dans la neige devant. Au détour une montée…
Vous dire que le pathologique, pathétique, affligeant syndrome de l’ilio-tibiale bandelette s’est fait sentir est un euphémisme.
J’en ai pesté et détesté tout ce que j’avais en tête à haïr jusqu'à plus rien, pour enfin redécouvrir encore une fois cette plénitude à faire ce genre de méditation par l’effort en plein air. Rassemblé sur soi, sa respiration, ses battements tel un pèlerinage.
Aux moments combles de fatigue ou de douleur, j’ai aussi senti ce pouvoir de focaliser ses énergies à des lieux bien précis du corps et réussi à soulager ou réchauffer ces régions. J’avais du temps et de la distance pour faire quelques essais. Ais-je atteint mes limites ? Ais-je découvert la voie ? … Nenni !
Nous nous sommes quitté après un hot-dog frites autours d’une table couverte d’une nappe à motifs de fraise avec le sentiment d’avoir accompli quelque chose, posé une balise.
Pour certains, c’était la deuxième fois dans ce parcours, d’autres, une première.
Lundi matin, mon stationnement n’est évidemment pas déneigé … Ô surprise ! Je ne suis pas aussi courbaturé que je l’eus cru, cependant je reçois 5 sur 5 un message de mon corps. Un petit coup de balai et j’ai forcé la traction intégrale de Rossinante, à quatre roues je suis sorti du trou.
Allez ! zou !