Février Tremblant 2008… la totale.
Nous sommes arrivés dans le parc du Mont tremblant vendredi matin parfaitement synchronisé avec l’arrivée de la neige annoncée. Le groupe réuni, nous partons allégro non troppo. Le ciel couvert de gris 50% s’empresse de répandre le plus de flocons possibles sur les geais, les hêtres, les hères, le fond le l’air et notre chemin. Et la nuit, et le lendemain et sa nuit, et encore … dans le lot, il y avait de fort beaux modèles de flocons.
La piste est surtout un chemin forestier du parc inutilisé l’hiver sauf peut-être par quelques loups fleurant un jeune hère. Chemin faisant, les pentes sont moins abruptes néanmoins plus longues pour permettre aux vielles caisses de le parcourir vers un emplacement de rêve où planter sa yourte l’été venu.
11.5km vers le premier refuge, 18km vers le deuxième et 22km pour clore le tout dans un magnifique décor laurentien enneigé.
La présence d’une meute de loups dont nous avons suivi les traces nous sera confirmée par le groupe venu partager notre deuxième refuge. Eux ont été escortés. Faut dire qu’ils sont arrivés de nuit à la frontale… Les gardes parc furent heureux d’avoir des nouvelles de leurs protégés. Je reconnus aussi un groupe de kayakiste au premier refuge. Ah ben dit donc !
Les premières heures de chaque étape sont une rencontre du troisième type de l’humain et son équipement. Sangle de rappel de charge ou bretelles mal ajusté, trop ici, pas assez là, lacets lâches, traîneau qui tire croche, mauvais plis dans les bas …
Dans le confort relatif de ces cabanes-en-bois-rond, des vêtements secs revêtus, aboutissement d’une interminable montée pleine de fraîche neige à refendre de nos skis, nous apprécions la chaleur radiante du poêle, l’eau à la bouche du bon manger à venir, sachant qu’il fera trop chaud bientôt. La boustifaille commence à être bien rodés et de plus en plus succulente : crêpe au Grand Marnier miel galette de sarrasin sirop d’érable fruits jarlsberg coq au vin seitan en sauce fajitas au gibier fève noire mozzarella laitue poivron gruyère vin blanc humus apprêté vin rouge. Dans l’ordre, le désordre, et mélangé sens dessus dessous.
Dans cette ambiance de promiscuité et de chaleur croissante il faudra se partager un emplacement pour dormir que nous avons gentiment nommé : la grille du bas, la grille du milieu ou la grille du haut. Pour ma part, j’opterai celle du milieu, reconnu unanimement idéale pour la pizza fromage… chacun fignolera ainsi son mode de cuisson.
Tout les crochets, clous et autres affaires qui dépassent sont mis à contribution pour suspendre les vêtements et tendre les cordes à linges. Les vitres sont en nage, toutes les surfaces condensent une fine pellicule d’eau. Le plancher est frette et mouillé de neige fondante. On remplit la grande table de cossins, bouteilles, réchauds et jeux de chaudrons décomposés. La bouffe se répand joyeusement et nous n’osons trop parlé de l’étape du lendemain.
Quoique très fatigué, on ne se fait pas prier pour aller s’étendre mais la quête du sommeil en est pas moins difficile. La proximité, la mitoyenneté et le biorythme de chacun fait que quand tu te sens partir dans les limbes, on te ramène vite par le cordon d’argent …
Je me suis apporté de la litté en pré-dodo :
Patrik Ourednik, Europeana
Les Américains qui ont débarqué en 1944 en Normandie
étaient de vrais gaillards et mesuraient en moyenne 1m73
et si on avait pu les ranger bout à bout plante des pieds contre crâne
ils auraient mesuré 38 kilomètres…
Ça n’a pas aidé …
En plus de ce long parcours et malgré la fatigue, Patrick et moi osons une escapade dans les bois. Ce qui devient une habitude entre nous à chaque année. Pas une réussite cette fois ci … cette dernière fut une accumulation de mauvais choix qui nous fit rebrousser chemin par, disons, un choix douteux… et nous débarrassera du peu d’énergie restant.
Dans les interminables montés et faux plats de cette randonnée marquante, chacun de nous je crois s’est retrouvé quelque part dans sa bulle, s’est perçu, perdu, jaugé, oublié. Ça monte, bien sûr que ça monte, lentement, légèrement, subtilement, mais ça monte… longtemps, toujours et encore… même en descendant la folle neige nous freine et redonne l’impression de monter, ça balance pas comme disent les comptables agréables. Ça me rappelle un moment mémorable d’arpentage où j’ai fait pencher un réservoir d’eau !!!
Coup d’œil sur le coulant de la rivière à gauche, coup d’œil sur l’étendue gelée d’un lac à plat à droite, le va et vient des planches dans la neige devant. Au détour une montée…
Vous dire que le pathologique, pathétique, affligeant syndrome de l’ilio-tibiale bandelette s’est fait sentir est un euphémisme.
J’en ai pesté et détesté tout ce que j’avais en tête à haïr jusqu'à plus rien, pour enfin redécouvrir encore une fois cette plénitude à faire ce genre de méditation par l’effort en plein air. Rassemblé sur soi, sa respiration, ses battements tel un pèlerinage.
Aux moments combles de fatigue ou de douleur, j’ai aussi senti ce pouvoir de focaliser ses énergies à des lieux bien précis du corps et réussi à soulager ou réchauffer ces régions. J’avais du temps et de la distance pour faire quelques essais. Ais-je atteint mes limites ? Ais-je découvert la voie ? … Nenni !
Nous nous sommes quitté après un hot-dog frites autours d’une table couverte d’une nappe à motifs de fraise avec le sentiment d’avoir accompli quelque chose, posé une balise.
Pour certains, c’était la deuxième fois dans ce parcours, d’autres, une première.
Lundi matin, mon stationnement n’est évidemment pas déneigé … Ô surprise ! Je ne suis pas aussi courbaturé que je l’eus cru, cependant je reçois 5 sur 5 un message de mon corps. Un petit coup de balai et j’ai forcé la traction intégrale de Rossinante, à quatre roues je suis sorti du trou.
Allez ! zou !
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2 commentaires:
"Les Américains qui ont débarqué en 1944 en Normandie étaient de vrais gaillards et mesuraient en moyenne 1m73 et si on avait pu les ranger bout à bout plante des pieds contre crâne ils auraient mesuré 38 kilomètres…" :-)
Y a ben rien que toi pour penser à ce genre de choses :-))) Tu m'as permis de passer un beau moment, bien assise et au chaud. Ah, y en a qui travaillent et d'autres qui lisent leurs aventures :-) bisous mon Zou
joanne
j'ai pensé le mettre mais c'est Patrik Ourednik qui à écrit ...
C'est la quatrième de couverture
Genou
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